Opiacés en France

Le fossé mondial de la douleur : déséquilibre entre Nord et SUD

Résumé La prise en charge de la douleur a enregistré, au cours des décennies précédentes,des progrès considérables. Sur le plan des médicaments, la palette proposée a évolué de façon rapide et quasi-exponentielle, notamment pour les opioïdes forts. Mais, un sentiment d’opiophobie, en lien avec une situation épidémique hors-norme en Amérique du Nord, suscite un sentiment de méfiance vis-à-vis de leur prescription, en raison de la probabilité d’abus, de mésusage et de risque addictif qu’ils peuvent parfois générer.

 Témoignage d’un médecin indien : des stocks de morphine épuisés les auteurs de l’article The Lancet : « Un jour, celui-ci vit arriver dans le service des soins palliatifs de Calicut,au Kerala (Inde), un certain S., atteint d’un cancer du pou-mon. L’homme venait de faire un long voyage en bus pour se rendre jusque-là, et de toute évidence, il souffrait terriblement. On put alors lui administrer divers traitements,dont de la morphine. Quelques heures plus tard, S. n’en revenait pas. Jamais, il n’aurait cru pouvoir être ainsi soulagé. Seulement, quand il revint le mois suivant, les stocks de morphine étaient épuisés. Alors, il déclara qu’il reviendrait la semaine suivante, et que s’il n’y avait toujours pas de morphine, il se passerait la corde au cou. Fort heureusement, les services de soins palliatifs du Kerala n’ont plus à faire face à des ruptures de stocks. Mais dans le reste de l’Inde, comme dans nombre d’endroits du monde, on manque de morphine. »La prise en charge de la douleur a enregistré, au cours des décennies précédentes, des progrès considérables. Sur le plan des médicaments, la palette proposée a évolué de fac¸on rapide et quasi-exponentielle, notamment pour les opioïdes forts.

Mais, un sentiment d’opiophobie, en lien avec une situation épidémique hors-norme en Amérique du Nord, suscite un sentiment de méfiance vis-à-vis de leur prescription, en raison de la probabilité d’abus, de mésusage et de risque addictif qu’ils peuvent parfois générer.

C’est le cas en particulier dans les douleurs chroniques
non cancéreuses. Face à ce qui est réellement une catastrophe
sanitaire outre-Atlantique, on assiste aujourd’hui à ce qui ressemble à un changement d’attitude, pouvant laisser craindre, après un accès trop large aux opioïdes, à des restrictions et une difficulté de prescription de ces produits, y compris dans des indications légitimes, pour des patients qui en ont vraiment besoin. En France, la prescription des opioïdes semble plus raisonnable et mieux encadrée. Cette épidémie n’a pas franchi l’atlantique. Ce n’est pas en soi une raison pour ne pas anticiper une inflation de prescriptions d’opioïdes, afin d’éviter un retour en arrière en matière de prise en charge de la douleur. . . Nous devons faire savoir et communiquer sur nos recommandations en particulier les recommandations pour l’utilisation des opioïdes forts dans la douleur non cancéreuse de l’adulte. La grande presse multiplie les articles sur ces réalités scandaleuses. Nous sommes à un point de rupture qui objective non seulement l’hétérogénéité des prises en charge mais le clivage des cultures.

Le Monde, 24 avril 2017 : attention, danger mortel
Aux États-Unis plus de morts par overdose que par arme à feu ou AVP. « En 2015, 15 000 personnes sont mortes à la suite d’une overdose (Centers for Disease Control and Prevention), la moitié des décès dus aux surdoses d’opioïdes en général (33 091) et un tiers de l’ensemble des morts par overdose de drogues (50 000 personnes). 2015 : les accidents de la route : 38 000 morts. 1995 : au plus fort de l’épidémie de sida 43 000 personnes morts ». Au total, 207 millions d’ordonnances en 2013, 76 millions vingt ans plus tôt. En quinze ans, les chiffres annuels ont été multipliés par quatre. Les ventes de ces produits, qui ont également quadruplé sur la même période.

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