Revenir au Cambodge

10 mois jour pour jour après avoir quitté Phnom Penh, je suis de retour au Cambodge pour une mission mais de courte durée cette fois. Il s’agit bien d’un retour car j’ai eu la chance de travailler un an comme médecin coordinateur pour Douleurs sans Frontières au Cambodge entre Janvier 2006 et Février 2007.
Revenir, c’est une grande joie pour moi, cela veut dire retrouver les odeurs, les couleurs, l’ambiance de Phnom Penh, mais aussi et surtout revoir les gens que j’ai côtoyés au jour le jour pendant un an et observer l’évolution des projets sur le terrain.
Dès mon atterrissage à l’aéroport de Ponchentong (aéroport de Phnom Penh) me voilà plongée dans l’atmosphère animée de la ville. Sur la chaussée, je retrouve des mobylettes circulant dans tous les sens, des camions surchargées et toutes sortes de carrioles roulantes. Sur les trottoirs, les petits marchands de tout et rien côtoient les tables des bouis-bouis de rue, les réparateurs de moto sont installés à coté, des marchands d’essence au litre (dans des bouteilles de soda) ou des vendeurs d’aliments en tout genre (pain, pâtés chinois, fruits tropicaux). Je retrouve également cette chaleur moite qui vous colle à la peau.
Dès le lendemain matin, je prends le chemin de l’unité de soins palliatifs à l’hôpital Preah Ket Meleah. Cette première semaine, ma mission consiste à encadrer des stagiaires médecins. Ces médecins ont suivi les cours théoriques du diplôme universitaire (DU) sur la prise en charge de la douleur pendant 2 années universitaires et ils effectuent maintenant leur stage pratique. Ils participent à la première promotion du DU douleur organisé conjointement par l’université Paris VII, la faculté de médecine de Phnom Penh et DSF. La première partie de leur stage ils l’ont effectué il y a quelques semaines à l’hôpital pédiatrique. L’objectif du stage est de mettre en pratique ce qu’ils ont appris au cours de leur formation, de les aider à améliorer leur prises en charge des patients douloureux (évaluation et traitement). C’est également de leur faire appréhender les problématiques de la prise en charge des patients en fin de vie. Chaque médecin se voit attribuer un patient qu’il suit au jour le jour. Il est chargé de l’interroger, de l’examiner et de présenter à ses collègues l’observation clinique concernant ce patient. Avec Katell Ménard (médecin coordinateur de DSF-Cambodge), nous avons choisi les patients. Certains sont atteints de cancer, un patient de 41 ans a un cancer de l’estomac et présente beaucoup de douleurs et de gêne digestive, une dame de 73 ans a un cancer du pancréas avec de fortes douleurs abdominales. D’autres ont le SIDA, une jeune femme de 30 ans .présente des douleurs neuropathiques des membres inférieures dues à un des médicaments de la trithérapie. Les douleurs neuropathiques sont des douleurs dues à des lésions nerveuses, très invalidantes et relativement difficiles à soulager. Elles sont fréquentes au Cambodge, notamment chez les patients atteints par le SIDA. Elles sont liées à la fois au virus du SIDA et à la fois à certains médicaments de la trithérapie. Enfin, d’autres patients présentent des douleurs d’origine rhumatologique : fracture du col du fémur, lombalgies et tassement de vertèbres. Tous ces patients représentent un échantillon relativement représentatif du type de douleur des patients cambodgiens.
Cette semaine, j’encadre 6 médecins. Certains d’entre eux travaillent dans des consultations douleurs à Phnom Penh ou en province et ont déjà une certaine expérience sur le sujet. Pourtant il est toujours très formateur, même pour eux, de revoir des choses aussi importantes que l’interrogatoire et l’examen d’un patient. Les médecins khmers font souvent des diagnostics d’interrogatoire et prennent peu le temps d’examiner les patients. C’est l’occasion de leur ré-expliquer notamment l’examen neurologique (c'est-à-dire du système nerveux) d’un patient. Ils prennent beaucoup de soin à interroger finement leur patient et à préparer leur observation clinique. Je me rends compte qu’ils ont au cours de ces 2 ans d’enseignement réellement acquis des compétences et des habitudes de travail pour réaliser les observations de leurs patients. En Février 2006, lorsque j’avais recruté ces médecins pour le DU, aucun d’entre eux ne m’avait présenté une observation clinique concise et complète. Quel progrès ! Les présentations de ces cas de patients donnent lieu à de véritables discussions, sur les diagnostics et traitements mais aussi des questionnements éthiques (par exemple sur les indications de transfusion de sang ou de geste opératoire chez des patients en fin de vie). J’observe que ces médecins ont un réel désir d’apprendre, de bien faire, de prendre en charge correctement leurs patients douloureux. Ils sont aussi prêts à participer et à s’exprimer lors d’une discussion avec leurs collègues. Leurs progrès en 2 ans de formations sont réels. Cela me fait extrêmement plaisir.
Cécile BERNARD
Libellés : 1.3-cambodge

